Rumination

2024 – 2026

I am travelling across the dry plains of the United States, from Kansas to Colorado. The rocky soil here is not very conducive to agriculture, so ranching and cattle breeding are the predominant activities. The United States is one of the world’s biggest producers of beef, and beef production is highly intensive here. The beef industry is highly concentrated, with a few major companies controlling a significant share of the market. Beef production is divided into specialised sectors, with slaughtering and distribution dominated by four large multinationals. These food conglomerates mostly employ working-class people and migrants of Latin American origin. In feedlots, cattle are fed a grain diet supplemented with soya proteins, vitamins and antimicrobials. Cattle are sometimes injected with growth hormones to increase yield and produce low-cost meat.

These large-scale cattle farms consume vast amounts of water and have a significant environmental impact, polluting the soil and groundwater through manure runoff. Such high-density industries spread illness among the cattle, leading to increased use of medicines and the development of antibiotic-resistant bacteria. The concentration of this kind of economic activity can also harm community structures by causing family and craft businesses to decline. Many farms have disappeared, and just four corporations now dominate the US beef industry. However, these agribusinesses are deeply rooted in the local culture, and I am not criticising the beef industry as a whole. Researchers in the region, including the ethnologist Temple Grandin, have made substantial contributions to improving cattle-raising conditions and animal welfare. Rather, the inspiration for my art project lies in the surprise generated by the sheer scale of these operations.

In the distance, I can hear the incessant noise of cattle trucks — infernal machines that never sleep. Cattle herds stretch to the horizon, shrouded in clouds of dust. The air here is barely breathable, loaded with particulate matter and ammonia. Dead cows are scattered across the ground. They are collected and removed daily to prevent the rest of the livestock becoming contaminated. Such losses are probably not considered out of the ordinary unless they have a negative impact on businesses’ profit margins. Standing before these cattle carcasses, I contemplate this accountant’s mindset and the commonplace nature of this death. The animal’s eyes are still unclouded, even though its life has just ended. These carcasses are not usually displayed in broad daylight. I am revealing what has been stolen from public view: the systemic abuse of sentient beings and of life itself. We can choose to live in silence, but livestock has no such choice.

Drawing inspiration from open-rescue activists and undercover investigations into industrial farming, I am shining a light on what is deliberately kept from public view. Rather than viewing them with indifference, I invite viewers to approach them with reverence and contemplation. These post-mortem photographs are the only testimony these fallen creatures will ever have, granting them deliverance through the image itself. Through the process of ’embalmment’ via the lens, I present each animal as a complete being in its own right — one that deserves our attention and respect — rather than as mere merchandise.

 

FRANÇAIS

Je parcours les plaines arides de l’ouest des États-Unis, entre le Kansas et le Colorado. Le sol caillouteux est peu propice à l’agriculture, ce sont les ranchs et le secteur bovin qui dominent la région. L’élevage est intensif dans ce pays qui est l’un des plus importants producteurs de bœuf au monde. Le secteur de la viande bovine se distingue par une forte concentration, avec quelques grandes entreprises qui détiennent une part significative du marché. La production est divisée en secteurs spécialisés; l’abattage et la distribution sont assurés par quatre grandes multinationales. Ces conglomérats alimentaires emploient majoritairement des travailleurs de la classe ouvrière et des migrants d’origine latino-américaine. Dans les enclos, les bêtes sont nourries de céréales auxquelles on ajoute des protéines de soja, des vitamines et des antimicrobiens. On leur injecte parfois des hormones de croissance pour accélérer le rendement et produire ainsi de la viande à faible coût.

Ces grands élevages bovins consomment beaucoup d’eau et ils ont une répercussion non négligeable sur l’environnement, en polluant les sols et les nappes phréatiques par le ruissellement du fumier. La forte densité de ces productions favorise la propagation des maladies parmi le bétail, ce qui entraîne une utilisation accrue de médicaments et contribue au développement de bactéries résistantes aux antibiotiques. La concentration de cette activité économique peut aussi nuire aux structures communautaires en occasionnant le déclin des entreprises familiales et artisanales. Quatre multinationales contrôlent le secteur de la viande bovine américaine et de nombreuses fermes ont disparu. Ces entreprises agricoles sont néanmoins enracinées dans la culture locale et je ne vise pas à livrer un plaidoyer contre l’industrie de la viande. Des chercheurs de la région, dont l’ethnologue Temple Grandin, ont beaucoup contribué à l’amélioration des conditions d’élevage ainsi qu’au bien-être animal. Mon projet artistique trouve plutôt son origine dans l’étonnement ressenti devant la démesure de ces exploitations.

Le bruit incessant des bétaillères se fait entendre au loin: c’est la machine infernale d’une industrie qui ne dort jamais. À l’horizon, du bétail à perte de vue et des nuages de poussière. L’air est irrespirable ici, chargé de fines particules et d’ammoniac. Au sol, plusieurs bovins morts. On en ramasse chaque jour et on les emporte pour éviter la contamination du cheptel. J’imagine que ces pertes ne sont pas considérées comme étant anormales, sauf si elles compromettent la rentabilité de l’entreprise. Je songe à cette rationalité comptable, à cette mort si courante et banale, en méditant devant ces carcasses comme si j’étais sur un champ de bataille. Une vie vient de s’éteindre, l’œil est encore clair. À l’abri des regards, ces cadavres de vaches ne sont pas exposés au grand jour et c’est aussi la maltraitance systémique d’êtres sensibles que l’on cache.

Inspirée par la pratique des activistes d’Open Rescue et par les enquêtes menées dans les élevages intensifs, je révèle ce qui est dérobé au regard du public. Nous pouvons choisir de vivre avec le silence; le bétail, lui, n’a pas ce choix. Mes photographies post-mortem invitent le spectateur à la déférence et au recueillement. Telle une délivrance par l’image, j’offre à ces bêtes gisantes le seul témoignage qui restera de leur existence. En les embaumant par la photographie, je présente l’animal comme un être à part entière qui mérite notre attention, et non comme une marchandise.