2022 – 2023
The American West has been in the grip of a relentless drought for more than twenty years – the most severe in over 1,200 years, according to palaeoclimatic reconstructions. This crisis is the result of natural variability and the continued overuse of water resources, particularly in the Colorado River basin. This vital artery supplies roughly forty million people and irrigates vast tracts of arid farmland. Lakes Mead and Powell, those immense man-made reservoirs born of the ambition to tame the desert, are emptying before our eyes. Their shorelines are retreating as if a tide were receding forever, leaving behind broad white rings of calcium carbonate that mark former water levels like scars on rock. In 2022, these reservoirs fell to their lowest levels on record. However, the true impact of the crisis is not merely reflected in the statistics or downward curves; it is evident in the fragmentation that the drought exposes and accelerates.
I have been particularly drawn to certain emblematic places in the American West that remain, even now, at the heart of major hydropolitical conflicts. The Colorado River, the Owens Valley in California and the Rio Grande in New Mexico embody a history of hydraulic conquest and the dead ends of the development model that produced it. These territories have been fragmented by decades of massive engineering works, such as dams, diversion canals and intensive pumping; over-allocated by legal agreements signed at a time when water was assumed to be inexhaustible; and gradually polluted or salinised by intensive agriculture and uncontrolled urbanisation. Through my photographs of these landscapes, I have sought to reveal the fatal combination afflicting them: a legacy of overexploitation that has drained aquifers and dried up entire rivers; amplified effects of climate variability; and inadequate governance, which is too often trapped by entrenched interests.
National parks were intended to preserve natural wonders for future generations, yet many have become underfunded and poorly managed destinations for mass tourism, while national forests frequently prioritise economic exploitation over ecology. The old debate between strict preservation and utilitarian conservation has never been resolved and keeps resurfacing.
The American West was built on the ideas of conquest, mastery and transforming desert into garden. This myth is slowly crumbling, sometimes spectacularly and sometimes more gradually. The desert is not reconquering the land; it is merely reminding us that it never truly surrendered. In this silent return, the cracks in an entire territory – physical, political and imaginary – are revealed. Travelling through New Mexico, Arizona and California, I have watched the desert reclaim landscapes once shaped by human ambition.
FRANÇAIS
Depuis plus de vingt ans, l’ouest des États-Unis est en proie à une sécheresse implacable, la plus sévère depuis plus de 1 200 ans selon les reconstructions paléoclimatiques. Cette crise est due à la fois à des variations naturelles et à une surexploitation obstinée de la ressource en eau, notamment dans le bassin du fleuve Colorado, artère vitale qui alimente environ quarante millions de personnes et irrigue des terres agricoles aussi vastes qu’ingrates. Les lacs Mead et Powell, ces immenses réservoirs artificiels nés de la volonté de dompter le désert, se vident à vue d’œil. Leurs berges reculent comme une marée descendante qui ne remonterait jamais, laissant derrière elles de larges anneaux blancs de calcaire marquant les anciens niveaux comme des cicatrices sur la roche. En 2022, ces réservoirs ont franchi des seuils historiquement bas, mais la véritable violence de la crise ne tient pas seulement aux chiffres ou aux courbes descendantes: elle réside dans la fragmentation qu’elle révèle et accélère.
Je me suis particulièrement intéressée à certains lieux emblématiques de l’Ouest américain qui sont, aujourd’hui encore, au cœur de conflits hydropolitique majeurs. Le fleuve Colorado, la vallée de l’Owens en Californie ou encore le Rio Grande au Nouveau-Mexique incarnent à la fois une histoire de conquête hydraulique et les impasses actuelles d’un modèle de développement. Ces territoires ont été morcelés par des décennies d’aménagements massifs (barrages, canaux de dérivation, pompages intensifs), sur-alloués par des accords juridiques conclus à une époque où l’on croyait l’eau inépuisable, puis progressivement pollués ou salinisés par l’agriculture intensive et l’urbanisation galopante. En photographiant ces paysages, j’ai cherché à rendre visible la combinaison fatale qui les frappe: une surexploitation historique ayant vidé les aquifères et asséché des rivières entières, des variations climatiques dont les effets sont amplifiés et une gouvernance souvent inadaptée, prisonnière d’intérêts établis.
Nos parcs nationaux, qui devraient préserver des merveilles naturelles pour les générations futures, sont devenus des destinations de tourisme de masse sous-financées et parfois mal gérées, tandis que les forêts nationales privilégient souvent l’exploitation économique au détriment de l’écologie. Le vieux débat entre préservation pure et conservation utilitaire n’a jamais été tranché ; il resurgit sans cesse.
L’Ouest américain s’est bâti sur l’idée de conquête, de maîtrise et de transformation du désert en jardin. Ce mythe s’effrite peu à peu, parfois de façon spectaculaire, parfois de manière plus progressive et discrète. Le désert ne reconquiert pas: il se souvient simplement qu’il n’avait jamais vraiment cédé. Dans ce retour silencieux, c’est tout un territoire — physique, politique et imaginaire — qui révèle ses fissures. En parcourant le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie, je vois le désert reprendre ses droits sur des paysages autrefois façonnés par l’ambition humaine.