2020 – 2021
In June 2020, a massive wildfire devastated the boreal forest to the north of Lac Saint-Jean in Quebec. I followed the gravel roads leading to the burnt area, a largely unorganised territory within the Zec des Passes. Logging operations and access roads have deeply fragmented the landscape of this controlled-exploitation zone. The soil has been compacted by tracked feller-bunchers, leaving countless scars behind them. The fire reduced the remaining forests, which had already been altered, to ashes; the ground is now utterly desolate. I stood and contemplated these deserts of ash and lunar landscapes.
Fire is a violent yet regenerative force and an integral part of the natural cycle of the boreal forest. The taiga is perfectly adapted to fire, and part of its ecosystem even depends on it. Certain species, such as black spruce and jack pine, produce serotinous cones that remain closed for years and only release their seeds at very high temperatures. Without fire, these species eventually decline. Trembling aspen and paper birch, on the other hand, regenerate rapidly through root suckering when the canopy is destroyed by fire but the root systems remain intact. However, when fire strikes stands that are too young, before they have reached the maturity needed for natural regeneration, it can take centuries for the original plant diversity to be restored. Plantations produce young trees that disperse few seeds and contain only a handful of species selected by the timber industry. Ecologically, they are extremely poor. Moreover, forestry companies mostly replant with conifers, which are highly flammable, and this uniformity encourages the spread of fire. Artificial reforestation can never truly replace what nature took centuries to build, but the real problem lies in the repeated combination of cutting too frequently and large wildfires. Logging itself is not the main culprit, but rather it is the permanent fragmentation of the territory and the very low average age of public forests that pose a problem. Quebec’s boreal forest evolved with disturbances far more violent than those caused by our mechanical saws. We cut too often, on patches that are too small and widely scattered, never allowing old-growth forests to develop. The present-day forest landscape of Quebec has been shaped at the expense of animal and plant species that require continuity, old trees and minimal human disturbance.
Today, forests cover no more than one-third of the planet’s land surface, a proportion that continues to shrink. Since the advent of agriculture, humanity has destroyed over half of the world’s primeval forests. Every year, millions of hectares still vanish. Yet intact primary forests are essential for sustaining biological processes and ecological balance because they harbour an astonishing array of life forms.
FRANÇAIS
En juin 2020, un vaste incendie ravage la forêt boréale au nord du lac Saint-Jean, dans la province de Québec. J’emprunte les chemins de gravier qui mènent à la zone sinistrée, un territoire non organisé situé dans la Zec des Passes. Dans cette zone d’exploitation contrôlée, les coupes forestières et les routes d’accès ont profondément morcelé le paysage. Les abatteuses sur chenilles ont compacté les sols, laissant derrière elles d’innombrables cicatrices. L’incendie a réduit en cendres ce qu’il restait de forêts déjà altérées; le terrain est désormais totalement désolé. Je contemple ces déserts de cendres et ces paysages lunaires.
Le feu, violent mais régénérateur, fait partie intégrante du cycle naturel de la forêt boréale. La taïga est parfaitement adaptée aux incendies; une partie de son écosystème en dépend même. Certaines espèces, comme l’épinette noire et le pin gris, possèdent des cônes sérotineux qui restent fermés pendant des années, puis libèrent leurs graines à très haute température; sans feu, ces essences finiraient par régresser. Le tremble et le bouleau à papier, quant à eux, se régénèrent massivement par drageonnage après un incendie qui détruit la canopée tout en laissant intact le système racinaire. En revanche, lorsque le feu frappe des peuplements trop jeunes, qui n’ont pas encore atteint la maturité nécessaire à leur régénération naturelle, il faut des siècles pour retrouver la richesse végétale d’origine. Les plantations produisent de jeunes arbres qui disséminent peu de graines et ne comptent que quelques essences sélectionnées pour l’industrie; elles sont écologiquement très pauvres. De plus, les compagnies reboisent majoritairement en conifères, qui sont particulièrement inflammables; cette uniformité favorise la propagation des incendies. Le reboisement artificiel ne peut pas remplacer ce que la nature a mis des siècles à édifier. Le vrai problème vient surtout de la combinaison répétée de coupes trop fréquentes et d’incendies de grande ampleur. La coupe en elle-même n’est pas le principal coupable; c’est plutôt la fragmentation permanente du territoire et l’âge moyen très bas des forêts publiques qui posent problème. La forêt boréale québécoise a évolué avec des perturbations bien plus brutales que nos scies mécaniques. Nous coupons trop souvent, sur des parcelles trop petites et de façon trop dispersée, sans jamais laisser se développer de vieilles forêts. Le paysage forestier actuel du Québec s’est formé au détriment des espèces animales et végétales qui ont besoin de continuité, de vieux arbres et de perturbations anthropiques faibles.
Aujourd’hui, les forêts ne couvrent plus qu’un tiers de la surface émergée de la planète, une proportion en constante diminution. Depuis l’invention de l’agriculture, l’humanité a détruit plus de la moitié des forêts primitives. Chaque année, des millions d’hectares disparaissent encore. Or, les forêts primaires intactes sont indispensables au maintien des processus biologiques et de l’équilibre écologique, car elles abritent une multitude incroyable de formes de vie.