Ligne de faille

2022

Salton Sea est une mer intérieure du sud de la Californie. Elle est située sur la faille de San Andreas dans un creux topographique qui s’étend jusqu’au Mexique. Ce lac salé peu profond fut créé par un accident d’irrigation lors d’une crue exceptionnelle du fleuve Colorado, au début du siècle dernier. Il est aujourd’hui en voie d’assèchement et risque de disparaitre au cours des prochaines décennies. Ce no man’s land aux palmiers rabougris était un site touristique fréquenté pendant les années 50 et 60. Dans les marinas décrépites de cette ancienne station balnéaire, on peut encore apercevoir des quais délabrés et des épaves de bateau.

J’ai visité la région une première fois en 2015 – 2016, pour réaliser un projet intitulé Desert Shores (L’Amérique perdue). C’est un endroit qui m’intéresse particulièrement parce que ses paysages désolés soulèvent des questions d’ordre social, politique et environnemental. Je rêvais d’y retourner pour voir comment ces lieux insolites et inhospitaliers s’étaient transformés. J’ai constaté que la plupart des hôtels abandonnés et des bâtiments en ruines que j’avais photographiés se sont écroulés ou ont été démolis.

En quelques années seulement, le niveau du plan d’eau a beaucoup baissé et les canaux de navigation se sont asséchés. On ne trouve plus de poissons dans les lagunes stagnantes qui subsistent; ces bassins fétides sont remplis d’une vase dont les couleurs étranges signalent la présence de cyanobactéries. Depuis des décennies, les eaux du ruissèlement agricole provenant de la Vallée impériale s’écoulent dans ce lac clos, le contaminant avec une eau souillée par les engrais et les pesticides dont elles sont chargées. On y trouve notamment des nitrates, du plomb, du chrome, du sélénium et même du DDT. Comme il y a davantage d’évaporation que de précipitations dans cette région aride, les polluants s’accumulent et se concentrent sur les lieux. Brûlées par le sel, les anciennes plages sont maintenant recouvertes d’une épaisse couche d’alluvions toxiques. Lorsque le vent souffle sur ces sédiments, il transporte vers les villes avoisinantes des particules nuisibles qui causent des problèmes pulmonaires chez certains habitants.

La mer de Salton se meurt peu à peu: pour l’atteindre j’ai dû marcher plus longtemps sur ses berges, le désert y reprenant rapidement ses droits. Avant que ce mirage empoisonné ne s’estompe définitivement, je voulais en capter les paysages éphémères, dont la beauté trouble et ambiguë ne cesse de me fasciner.

Ce projet regroupe 36 photographies grands formats.