DESERT SHORES
Salton Sea est un vaste lac salé situé sur la faille de San Andreas, dans une dépression aride du sud-ouest de la Californie, à 227 pieds sous le niveau de la mer. Il a été créé accidentellement lors d’un déversement de la rivière Colorado, au début du siècle dernier. Dans les années 50 et 60, ce fut un site touristique très prisé et un paradis pour les amateurs de pêche: ses berges comptaient de nombreux hôtels, marinas et clubs de yacht. Fréquenté par des célébrités d’Hollywood comme Frank Sinatra, les Beach Boys ou Jerry Lewis, il était surnommé la «Riviera californienne» ou le «Miracle du désert», attirant des stars en quête de loisirs nautiques et de fêtes glamour à seulement quelques heures de Los Angeles. La région connut alors une forte croissance économique et démographique, symbolisant le rêve américain accessible à tous.
Vers les années 70, on nota une baisse du niveau du lac et sa salinité augmenta dramatiquement. Le mirage s’estompa graduellement… No man’s lands et villes fantômes le remplacèrent, avec des stations balnéaires abandonnées et des squelettes de yachts échoués. Les stations balnéaires ont cédé la place aux parcs de maisons mobiles; les pauvres, les marginaux et les immigrants mexicains y logent.
Aujourd’hui, les alentours de Salton Sea sont désertés et désolés; l’eau y est polluée par des alluvions gorgées d’engrais et de pesticides; des efflorescences algales déciment les poissons. Le lac qui continue de rétrécir expose des plages toxiques générant des poussières chargées de contaminants, provoquant des problèmes respiratoires chez les habitants. Ces risques sanitaires croissants inquiètent les autorités.
Les paysages singuliers entourant la région de Salton Sea soulèvent certaines questions d’ordre social, politique et environnemental. Métaphores de la désillusion et du désenchantement, ils sont à l’image de cette Amérique perdue, d’une ère où tout semblait possible et accessible pour tous les citoyens. Ces lieux insolites sont semblables à ces autres zones de grande pauvreté que l’on retrouve à travers les États-Unis, une sorte de tiers monde de l’Amérique, où les plus démunis habitent, faute de mieux, dans l’ombre persistante d’un rêve californien brisé. Envers sombre du rêve hollywoodien, ils illustrent parfaitement l’effondrement d’un mirage collectif.