Le Camp de la rivière

2017 – 2019

The Camp de la Rivière was an environmental mobilisation led by citizens that took place on the Gaspé Peninsula, near the town of Gaspé. On 8 August 2017, activists opposed to hydrocarbon exploration and extraction set up a peaceful encampment on public land at the entrance to a forest road leading to the drilling sites of the oil company Junex, on the banks of the York River. By reclaiming this territory, the activists demanded an immediate halt to the drilling. They were protesting against the environmental risks of water contamination and damage to ecosystems, and seeking to raise public awareness and block access to the sites symbolically, in order to secure a definitive end to oil projects in the Gaspé region. The camp received support from local communities, members of the Mi’kmaq First Nations and many other allies.

For over a year, the activists maintained a continuous presence at the site, even enduring the harsh Gaspé winter. They erected a yurt and temporary shelters, and regularly organised talks and workshops for young people and the wider public. In 2018, the Quebec government attempted to dismantle the camp, declaring it an illegal occupation. Court injunctions prohibited certain activities, including training sessions in civil disobedience. The occupiers resisted, asserting their right to protest peacefully. Ultimately, at the end of August 2018, they chose to leave the site of their own accord and dismantle the structures, having decided that sufficient pressure had been brought to bear on Junex and that no drilling was imminent. The following year, in 2019, the company abandoned all its assets in Quebec, marking a partial victory for its opponents.

The hydrocarbon industry in Quebec has long benefited from generous public subsidies, prompting citizens to organise in order to denounce this support and advocate for alternatives. Oil and gas companies have received substantial financial assistance in the form of direct subsidies, public investment and tax credits for exploration, as well as compensation payments when required to relinquish their projects. Whenever governments have imposed moratoria or passed legislation to terminate such activities under pressure from the public and environmental groups, those same companies have frequently demanded – and obtained – indemnities for the revocation of their permits. This creates a vicious circle in which public money first funds risky and controversial projects and then compensates for losses when society finally opts for ecological transition and environmental protection.

Water protectors and whistle-blowers, such as those at the Camp de la Rivière, are fighting for a healthier environment and a fairer society. At times, they fill the gaps left by public authorities in defending the common good. This photographic series pays tribute to their commitment, solidarity and selflessness.

FRANÇAIS

Le Camp de la rivière fut une mobilisation citoyenne et environnementale qui s’est déroulée en Gaspésie, près de la ville de Gaspé. Ce campement pacifique a débuté le 8 août 2017 lorsque des militants opposés à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures se sont installés sur des terres publiques, à l’entrée d’un chemin forestier menant aux sites de forage de la compagnie Junex, en bordure de la rivière York. Par cette réappropriation du territoire, ils exigeaient l’arrêt immédiat des travaux. Les occupants dénonçaient les risques environnementaux – pollution de l’eau, atteintes aux écosystèmes – et cherchaient à sensibiliser la population, à bloquer symboliquement l’accès aux sites et à obtenir la fin définitive des projets pétroliers en Gaspésie. Le camp a reçu le soutien de communautés locales, de membres des Premières Nations mi’kmaq et de nombreux sympathisants solidaires.

Pendant plus d’un an, les militants ont maintenu une présence continue sur le site, y compris durant le rigoureux hiver gaspésien. Ils y avaient installé une yourte et des abris temporaires, et organisaient régulièrement conférences et ateliers à destination des jeunes et du grand public. En 2018, le gouvernement du Québec a tenté de démanteler le camp, le déclarant occupation illégale. Des injonctions judiciaires ont interdit certaines activités, notamment les formations à la désobéissance civile. Les occupants ont résisté, invoquant leur droit de manifester pacifiquement. Fin août 2018, ils ont finalement choisi de quitter les lieux de leur propre initiative et de démonter les installations, estimant que la pression exercée sur Junex était suffisante et qu’aucun forage n’était imminent. L’année suivante, en 2019, la compagnie a abandonné l’ensemble de ses actifs au Québec, offrant ainsi une victoire partielle aux opposants.

Au Québec, l’industrie des hydrocarbures a longtemps bénéficié de généreuses subventions publiques, incitant des citoyens à s’organiser pour dénoncer ce soutien et promouvoir des alternatives. Les compagnies pétrolières et gazières ont reçu des aides massives – subventions directes, investissements publics, crédits d’impôt pour l’exploration – et, plus tard, des compensations financières lorsqu’elles ont dû renoncer à leurs projets. Quand les gouvernements, sous la pression populaire et environnementale, ont imposé des moratoires ou adopté des lois mettant fin à ces activités, ces mêmes entreprises ont souvent réclamé – et obtenu – des indemnités pour la révocation de leurs permis. Ce mécanisme crée un cercle vicieux: l’argent public finance d’abord des projets risqués et contestés, puis compense les pertes lorsque la société choisit enfin la transition écologique et la protection de l’environnement.

Les protecteurs de l’eau et les lanceurs d’alerte, à l’image de celles et ceux du Camp de la rivière, se battent pour un environnement sain et une société plus juste, comblant parfois les défaillances des pouvoirs publics dans la défense de l’intérêt commun. Cette série photographique leur rend hommage – à leur engagement, à leur solidarité et à leur don de soi.