NUITS AMÉRICAINES
2004 - 2008
Ces images se présentent sous des formes assez diverses, notamment celles du panorama, de la photographie d'architecture et de la scène d'intérieur. Elles ont pour origine des paysages urbains du Canada, des États-Unis, du Mexique et d'Argentine. Elles dépeignent les mutations qui surviennent parallèlement en Amérique dans le contexte d'une économie globale que nous connaissons aujourd'hui. Ces transformations remodèlent nos territoires, comme la vie quotidienne.

Les questions abordées dans cette recherche sont multiples et indissociables. Certaines de ces problématiques sont relatives à l'augmentation des disparités économiques et de la fracture sociale; d'autres font référence à la délocalisation de l'économie et à des formes de ségrégation urbanistique contemporaines (comme la création des zones franches ou des villes privées). La dégradation des zones naturelles et rurales y est aussi abordée. Ces travaux délimitent donc un certain horizon politique actuel. On y voit des quartiers populaires en voie de « gentrification », des quartiers d'affaires, des villes de misère, des laissés-pour-compte, des appartements délabrés et des zones naturelles menacées. Ces paysages inquiétants exposent les résultats des politiques de désengagement des États et de la privatisation des institutions publiques. Nous assistons graduellement à un changement de décor politique où les multinationales tendent à devenir les acteurs principaux des sociétés, leurs stratégies de développement affectant de plus en plus nos cadres de vie. La métaphore du crépuscule est employée pour suggérer les nombreuses disparitions découlant de cette perspective. Les forts contrastes présents dans ces compositions et les combats que l'ombre et la lumière semblent s'y livrer, évoquent les rapports de force qui sont en jeu. On peut voir dans ces Nuits les conséquences de l'effritement des valeurs fondatrices de nos sociétés, peut-être aussi la fin d'un certain « rêve américain ». Sont réunis ici quelques points de vue recueillis à partir de ces « territoires de l'ombre ».