EXCAVATIONS
2005 - 2008
L'urbanisation étalée est un modèle dominant en Amérique, mais il est également bien implanté ailleurs dans le monde. Il fait apparaître des paysages qui se ressemblent de façon étonnante. Ces territoires génériques sont à l'image de la standardisation sans précédent de nos modes de vie et sont révélateurs d'une tendance actuelle à l'homogénéisation des cultures et des expériences. Il y a aujourd'hui un transfert généralisé de ce qui est distinctif et local vers ce qui est uniforme et global. Ce modèle s'oppose à celui de la ville historique fondé sur la sédimentation et la mémoire collective. Il n'établit que des liens réduits et particuliers qui ne contribuent pas à définir une communauté, mais encouragent plutôt l'individualisme et la fragmentation sociale.

L'aménagement d'un nouveau développement débute par des opérations de remaniement et de nivelage. La mise en chantier se fait généralement dans l'ignorance des dynamiques locales, comme si l'on procédait « par effacement ». Les lieux sont dépossédés de leurs particularités géographiques et de leurs mémoires culturelles pour être finalement réduits à une sorte de degré zéro. Souvent, la terre arable est elle aussi emportée pour être revendue. Lorsque les bulldozers se retirent, il ne reste plus qu'une plaine désolée et stérile, d'apparence quasi lunaire. Ce sont les déserts que nous laissons derrière nous. À travers ce nivellement, c'est avant tout le sens des territoires qui se perd, ainsi que notre capacité à renouveler les imaginaires propres à une société.

Le terme « excavation » fait aussi bien référence à des travaux de constructions, de voirie ou de forage, qu'à des opérations de fouilles archéologiques. Dans cette série, j'ai en quelque sorte cherché à réunir les deux acceptions du terme. Les montages réalisés sont issus de l'union de paysages dont les significations me semblaient antinomiques. J'ai travaillé à partir de lieux de conservation, dont l'histoire naturelle et humaine est très riche, puis avec des lieux déracinés évoquant diverses formes de disparitions. On y trouve notamment des combinaisons de nouveaux développements domiciliaires et de sites classés « Patrimoine mondial » par l'Unesco. J'ai aussi combiné des sites fossilifères à divers paysages façonnés par l'économie, comme des dépotoirs ou des mines. Ces paysages se fondent assez naturellement, car leur aspect bouleversé et dénudé les rapproche. Certains chantiers sont d'ailleurs dotés d'une puissance suggestive qui n'est pas sans rappeler celle des déserts naturels. Dans plusieurs montages, les différences d'échelles amènent le regard à glisser constamment d'une portion d'image à l'autre, rendant ainsi les compositions visuellement instables. Le passage d'une échelle monumentale à une échelle réduite bouleverse aussi les hiérarchies : ce qui semblait alors immense et immuable occupe une position de vulnérabilité, et ce qui était dérisoire et anecdotique devient important. En eux s'affrontent deux visions opposées : l'une évoquant une démarche rétrospective, l'autre relevant d'une attitude plus prospective, mais peu soucieuse des permanences.