DÉPAYSER (TERRITOIRES ET CITOYENS SOUS HAUTE-TENSION)
Il faut que ça cesse! - Un texte de Constance Durocher, secrétaire du groupe Citoyens sous haute tension

Notre groupe, Citoyens Sous Haute-Tension (CSHT), lutte depuis juin 2012 contre la construction d’une ligne à 735 kV destinée à transporter de l’électricité sur une distance d’environ 400 kilomètres du poste de la Chamouchouane, situé à La Doré, au Lac Saint-Jean, jusqu’à la boucle métropolitaine de Montréal, en passant par la Mauricie et Lanaudière. Il s’agit du projet à 735 kV Chamouchouane─Bout-de-l’Île.

Depuis 2012, les membres de CSHT ont informé les citoyenNEs, les éluEs locaux, municipaux, régionaux et provinciaux et les organismes agricoles, sociaux et environnementaux sur les enjeux du projet. CSHT s’oppose au projet pour plusieurs raisons, notamment parce qu’il détruira des paysages, des érablières, imposera des contraintes pour les exploitations agricoles, parce que le coût estimatif du projet est passé du simple au triple (de 400 millions en 2012 à plus de 1,3 milliard de dollars en 2016) alors qu’il y a d’énormes surplus d’électricité, que la demande d’électricité sur le marché québécois stagne et qu’Hydro-Québec vend son électricité à perte sur les marchés d’exportation. CSHT a aussi des doutes sur la véritable raison pour laquelle Hydro-Québec dit qu’il est important de « sécuriser la boucle métropolitaine » : nous croyons que la ligne projetée s’inscrit plutôt dans les projets d’exportation d’électricité vers les États-Unis et n’est pas nécessaire pour alimenter le marché québécois. Mais notre opposition est surtout fondée sur le fait qu’il existe une solution, appelée compensation série, qui est beaucoup moins dommageable sur le plan environnemental et beaucoup plus acceptable sur le plan social et dont Hydro-Québec n’a pas parlé aux populations ni aux éluEs concernés.

En 2013, CSHT a fait réaliser deux études par des ingénieurs qui ont conclu, d’une part, que les raisons invoquées par Hydro-Québec pour justifier son projet (soit de transporter les 1550 MW d’électricité de la Romaine vers la boucle métropolitaine et d’intégrer 2000 MW d’électricité éolienne dans le réseau) n’étaient pas fondées et, d’autre part, que le projet d’Hydro-Québec était au mieux prématuré. CSHT est le premier groupe de citoyens à avoir été accepté en tant qu’intervenant aux audiences de la Régie de l’énergie sur le projet, tenues à l’automne 2014. À cet égard, il a ouvert la porte à un autre groupe de citoyenNEs, celui de Saint-Adolphe-d’Howard, le deuxième à être accepté comme intervenant devant la Régie de l’énergie.

Nos membres ont aussi participé en grand nombre aux audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet, tenues en novembre et en décembre 2014. Dans son rapport daté du 9 mars 2015, le BAPE a repris dans ses avis et recommandations des arguments et solutions avancés par des membres de CSHT, entre autres, la possibilité de recycler et de réutiliser des corridors de lignes de transport en fin de vie utile, tant pour le projet Chamouchouane─Bout-de-l’Île que sur l’ensemble du Québec. Le BAPE a aussi indiqué qu’Hydro-Québec avait amplement le temps d’examiner cette solution alternative (au lieu de déboiser des forêts vierges sur 400 kilomètres) puisque qu’elle disposait d’une marge de manœuvre parce que son projet n’était pas urgent. Les commissaires du BAPE ont également indiqué qu’Hydro-Québec devrait établir un processus de compensation financière équitable pour les propriétaires voisins des lignes et du projet projetés, ce qui permettrait d’internaliser les coûts du projet conformément aux dispositions de la Loi sur le développement durable.

Malgré ces avis du BAPE, le gouvernement du Québec est allé de l’avant en passant le 22 avril 2015 le décret 355-2015, qui autorisait la délivrance d’un certificat d’autorisation à Hydro-Québec pour la réalisation du projet. Depuis, le gouvernement a passé cinq autres décrets dans le cadre du projet, et Hydro-Québec a obtenu une bonne vingtaine de certificats d’autorisation, notamment pour déboiser les diverses sections du territoire visé, divisé en 6 sections depuis le Lac Saint-Jean jusqu’à la boucle métropolitaine.

À ce jour, le déboisement a été effectué dans toutes les six sections du tracé et la construction a commencé au Lac Saint-Jean (section 1) et à Terrebonne (section 6). CSHT et certains de ses membres ont porté leur bataille devant les tribunaux en octobre 2016, sous la forme d’une requête en injonction provisoire pour faire cesser les travaux sur cette ligne, mais cette première requête a été rejetée. Récemment, du 27 février au 3 mars 2017, une requête en injonction permanente déposée par des membres de CSHT a été entendue par le tribunal. Cette requête visait à faire annuler tous les décrets passés et les certificats d’autorisation accordés ou pouvant être accordés pour la réalisation de cette ligne. Nous attendons la décision du tribunal dans cette deuxième requête. Les motifs de cette deuxième requête en injonction sont l’illégalité des certificats d’autorisation émis et le non-respect de la Loi sur le développement durable et de la Loi sur la qualité de l’environnement en raison des niveaux de bruit dégagés par les lignes et les postes. Par ailleurs, un autre groupe de citoyens lanaudois a contesté la validité de la servitude utilisée pour la ligne Chamouchouane─Bout-de-l’Île dans une autre cause. Ce groupe est aussi en attente de la décision dans sa cause, entendue par le tribunal en février 2017.

D’autres groupes de citoyens s’opposent à des projets d’Hydro-Québec en ce moment parce qu’Hydro-Québec ne respecte pas leurs droits. À Dollard-des-Ormeaux, des citoyens s’opposent à la construction d’un nouveau tronçon de ligne à 315 kV en raison des risques potentiels pour la santé humaine, du dépassement possible du niveau de décibels permis pour ce type d’infrastructure, et de l’impact visuel des pylônes. Ils demandent l’enfouissement de ce nouveau tronçon de ligne. Enfin, les citoyens de SOS mont Hereford, en Estrie, s’opposent à la défiguration du mont Hereford et de sa forêt par une ligne à haute tension destinée à l’exportation d’électricité vers les États-Unis et demandent que le tronçon de ligne qui traverse cette zone de conservation soit enfoui. Cela fait cinq groupes de citoyens dont les droits sont bafoués par Hydro-Québec. Cinq de trop, à notre avis. Il faut que ça cesse!